La création de mes fils : Love Story

J’ai créé Love Story dans l’espoir que cela aidera à raviver la tradition du tricot islandais et à lui donner une nouvelle vie. Le fil a obtenu un prix d’excellence de la fondation Iceland Lamb en 2018. C’est un véritable fil dentelle à 1 brin et le plus fin fil islandais existant. Confectionné à partir de laine d’agneau islandaise de grande qualité, triée avec soin et très douce, Love Story est particulièrement adapté aux châles de dentelle délicats et éthérés et rappelle les anciens fils filés à la main qui définissent la dentelle islandaise traditionnelle. Tricoté avec d’autres fils, il leur donne également solidité, douceur et un délicieux halo.

Du mouton au fil

Tous mes fils (Love Story, Gilitrutt et Katla) sont issus de toisons que je sélectionne et classe une par une après la première tonte des agneaux en Islande (ils ont alors environ 6 mois). Je choisis seulement le plus doux et j’enlève tous les mauvais bouts de chaque toison. Les agneaux sont généralement nés en mai, passent tout l’été à brouter en liberté dans les montagnes islandaises jusqu’à ce qu’ils soient rassemblés à la mi-septembre et tondus en octobre par les fermiers eux-mêmes ou les tondeurs locaux.

Sélectionner de la laine d’agneau extra douce prend beaucoup de temps

Parce que j’ai besoin de grandes quantités (enfin, tout est relatif!), je sélectionne la plupart de la laine directement à la station de nettoyage de Ístex dans le nord de l’Islande. La quasi-totalité de la laine en Islande y est envoyée, Ístex étant la seule grande filature du pays et le principal marché de la laine (ils achètent probablement 99% de la laine).

Je connais cependant un nombre croissant de fermiers qui ont de la très belle laine et en qui j’ai confiance. Ils marquent les sacs avec de la laine sélectionnée pour moi avant qu’ils ne soient ramassés pour aller à la station de nettoyage. Cela me fait gagner énormément de temps car je ne peux pas m’imaginer parcourir le pays pendant la saison de tonte pour ramasser quelques toisons ici et là (cela est particulièrement vrai pour les couleurs naturelles – les fermiers n’ont généralement que quelques agneaux colorés avec une belle laine).

Au tri des moutons après la transhumance: la couleur blanche est dominante.

Je sélectionne les toisons juste avant de les laver: le processus prend généralement quelques mois en fonction du type de laine, des couleurs programmées pour être lavées par Ístex pendant ces mois, j’ouvre tous les sacs, cherche la laine d’agneau la plus douce et la plus propre puis la trie, en supprimant toutes les parties les plus grossières.

Si la laine blanche est relativement facile à trouver, c’est une toute autre histoire avec les couleurs naturelles. Non seulement les toisons d’agneau et de moutons adultes se retrouvent dans les mêmes sacs, mais de belles toisons peuvent être si rares qu’il peut falloir deux saisons de tonte (soit 2 ans) pour collecter la quantité de transformation minimale de 250 kg.

tout le gris est trié! Youpi!

 

Plus qu´heureuse de la qualité de ma laine noire !

Une fois que toutes les toisons ont été collectées en quantité suffisante, elles sont envoyées non lavées pour être teintes et filées dans une filature en Italie, qui peut relever les défis uniques posés par la laine islandaise.

Ma première fois: fièrement assise sur toutes mes toisons!

Je vous épargnerai l’autre défi qui est d’envoyer de la laine non lavée en Italie (ou n’importe où dans le monde): considérée comme un sous-produit animal, elle suit les mêmes règles d’hygiène que, disons, les carcasses de viande et implique ÉNORMÉMENT de paperasse et autorisations diverses et variées. La première fois que j’ai envoyé de la laine en Italie, il a fallu 9 mois pour qu´elle arrive !


Mais pourquoi filée en Italie?

La laine islandaise est composée de deux types ou poils très différents, le «tog» long et grossier et le «þel» fin et court, ce qui rend extrêmement difficile le filage en un fil très fin. En fait, il m´a fallu de nombreuses années et essais avant d´obtenir le fil que je voulais.

Mes tout premiers essais ont eu lieu dans un minimill (mini-filature) en Belgique (il n’y en avait pas à l’époque en Islande): cette toute première Love Story Artisanale n’était pas aussi fine et un peu irrégulière. On ne pouvait en faire que de petites quantités, j’avais très peu de couleurs, et j’étais toujours en rupture de stock… Lorsqu’une minimill a ouvert en Islande il y a 2 ans, j’ai demandé à Hulda d´essayer aussi bien sûr mais elle n’a pas pu non plus atteindre la régularité et la finesse que je recherchais.

Chez Ístex (notre seule grande filature), feu Guðjón, le directeur de la société Ístex (il est malheureusement décédé il y a quelques années), était catégorique: «Ce n’est pas possible», m’a-t-il dit.

Mais après de longues années de ce qui ne peut être appelé que de l’entêtement, j’ai enfin trouvé une filature qui non seulement accepterait de relever le défi mais réussirait aussi à  réaliser ce fil si fin que je voulais absolument !

Filé avec amour …

C´est donc en Italie que la Love Story est filée !

La filature que j’ai trouvée n’est d´ailleurs pas une filature mais un consortium situé dans le nord de l’Italie. Créé en 2008 par un groupe d’experts du secteur textile, elle a pour objectif de valoriser et de promouvoir les laines locales européennes.

J’ai rencontré Nigel et Carmine pour la première fois en contribuant un pull pour l’exposition Wools of Europe.

Je me souviens comme nous avions ri lorsque Carmine s’était tournée vers Nigel en plaisantant: « Hélène vient de passer une commande pour le traitement d’une tonne de laine islandaise. »
Je ne savais pas que quelques années plus tard, je leur enverrais en effet une tonne de laine d’agneau islandaise pour la transformer en fils…

To give you an idea of what one ton of wool represents, it´s about 4 bales. It sounds already far less, doesn´t it? And it´s a drop compared to Ístex production!
Pour vous donner une idée de ce que représente une tonne de laine, il s’agit de 4 balots. Cela fait déjà beaucoup moins, n’est-ce pas?

Leur expertise est extraordinaire et ma laine passe par des machines hautement spécialisées. Bien sûr, il a fallu quelques essais et échecs au tout début, mais honnêtement, je ne sais pas comment ils font exactement et leur savoir-faire est assez magique!

Nigel et Carmine, 10 ans plus tard et quelques cheveux blancs!

La laine est lavée avec l’eau des montagnes alpines proches qui a une dureté parfaite pour cela, en utilisant un savon biologique et biodégradable d’origine durable. Elle est ensuite séchée lentement pour rester bien douce.

Les couleurs sont à la fois celles naturelles non teintes des moutons islandais et les couleurs avec des teintures acides. Le blanc n’est pas blanchi et sert de base aux autres couleurs qui sont teintes dans le respect de l’environnement en appliquant pleinement les lois de la CEE. Les produits utilisés sont ceux qui ont le moins d’impact environnemental. De plus, l’eau utilisée pour le processus de lavage et de teinture est traitée dans des usines internes et externes, construites spécialement à cet effet, afin qu’aucun matériau nocif ne soit libéré dans l’eau libre.

Une fois filée, teinte et mise en pelote, la laine revient ensuite en Islande, d’où je vous l’envoie ici et là dans le monde !

Questions sur la durabilité

C’est beaucoup d´allers et retours … Ce pourquoi j’essaie d’expédier (toujours par mer) au moins une tonne de laine à chaque fois. Est-ce ma production annuelle? Bien sûr que non! Je n’envoie pas une tonne chaque année mais lorsque je le fais, j’en envoie suffisamment pour remplir un conteneur, qui est à la fois moins cher et plus durable.

Serait-il possible de déplacer la production en Islande? Autrement dit, acheter les machines et l’expertise? La réponse est également non, ce ne serait tout simplement pas viable. Juste le coût des machines serait si élevé qu’il faudrait produire une énorme quantité pour l´amortir, et une augmentation de quantité signifierait nécessairement une baisse de qualité. Il n’y a rien de durable là-dedans.

J’espère que vous avez aimé lire l´histoire de mon fil Love Story. Il est la base de mes autres fils, Gilitrutt Tvíband et Katla Sokkaband. J’espère que cet apercu vous les fera apprécier encore plus!

Liens et informations utiles

3 Commentaires sur “La création de mes fils : Love Story

  1. Migaud says:

    Bonjour, merci pour vos explications,! Dommage que tout ne soit pas fait en Iceland car les islandais sont créatifs et courageux et très capables … Istex envoie-T- elle de la laine en Chine.? ..Je suis française je vais essayer de me faire des pelotes de laine avec le poil de mes samoyèdes puis de tricoter un pull! J’adore les laines! j’adore l’Iceland.! Je vais bientôt vous acheter de la laine car je veux me faire un pull islandais ! cordialement. Élisabeth (emiledottir)

  2. Anne says:

    Bonjour,
    très intéressant votre article, je n’imaginais pas qu’il y avait autant de travail en amont d’une pelote.
    Bonne continuation et succès
    Anne

  3. Murielle says:

    Votre mini reportage est super intéressant.
    J’ai cependant une question, en règle générale, je ne supporte par la pure laine, car elle me pique.
    Quelle laine (dans votre game) devrais-je choisir afin de ne pas avoir cet inconvénient ? pour pull, châle et chaussette?
    J’ai acheté votre livre avec des modèles qui m’ont vraiment fait envie.
    Je suis allée en Islande avec mon mari et mes enfants il y a environ 5 ans, c’était un voyage organisé et je n’ai pas pu en profiter autant que je l’aurai voulu pour de l’artisanat local.
    Merci pour tout ce que vous faites pour nous tricoteuses amateures.
    Cordiales salutations et prenez bien soin de vous et votre famille

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.