Sur le chemin

Dans ce deuxième épisode des « Aventures de Theodóra », découvrez comment Theodóra et Olivia sont devenues amies et quel bon chien est Smali ! Qui de  Theodóra ou d’Olivia se fera mouiller? Si vous voulez le savoir, lisez donc l’histoire!

Theodóra est une charmante petite poupée créée par Hélène Magnússon. Elle prend vie sous la plume de l’écrivain Harpa Jonsdóttir.  La poupée comme les histoires sont inspirées par le poème de Theodóra Thóroddsen, « Tíu litlar ljúflingsmeyjar » (Dix charmantes petites demoiselles).

Vous trouverez tous les modèles des poupées et vêtements ici. Le modèle des poupées Theodóra et Olivia est le même, seules les couleurs changent.  Theodóra porte un pull de l’Ensemble lopi de Henrietta, et une jupe et des chaussettes du Costume traditionnel. Les vêtements de Olivia et le chien font partie du modèle Ensemble Olivia & Smali.

Retour Magazine 04, Automne/Hiver 2011

Les aventures de Theodóra
Deuxième épisode: "Sur le chemin"

Les premières lignes du poème de Theodóra Thóroddsen vont ainsi:

« Neuf charmantes petites demoiselles
Sur le chemin se chamaillaient.
L’une d’elles tomba dans le ruisseau,
Il n’en resta plus que huit. »

Qui de  Theodóra ou d' Olivia se fera mouiller? Si vous voulez le savoir, lisez donc la suite!

***

« Bonjour! »

Olivia se penche par dessus le muret du jardin et regarde, curieuse, Theodóra assise en train de caresser un chien joyeux aux oreilles dressées et à la queue bouclée.

Theodóra lève les yeux et sourit « Hi! Where are you from? »

« Reykjavík. Mais pourquoi tu me parles en anglais?”

Theodóra rougit. «  Je pensais que tu étais étrangère, parce que, ben... » Elle se tait et regarde fixement le chien.

« Parce que ma peau n’est pas couleur de skyr à la vanille tu veux dire? » rigole Olivia en sautant par-dessus le mur.

Theodóra hoche la tête et se rapetasse sur le chien.

« T’inquiète, ce n’est pas grave. Les gens pensent souvent que je suis étrangère. Mais le plus souvent ce sont les vieux, pas les filles de mon âge ! »

« Excuse-moi. Je m’appelle Theodóra, et toi, comment t’appelles-tu ? »

« Olivia. J’ai emménagé dans la maison d’à côté hier. Et avant que tu ne demandes, ma mère est islandaise aussi, elle a été adoptée quand elle était petite.”

« Super ! Bienvenue! Ecoute, j’allais ramasser des myrtilles, tu veux venir avec moi ? » Theodóra se lève, soulagée de pouvoir changer de sujet de conversation.

« Oui, bien sûr ! »

« Génial! Mon frère peut nous déposer dans la vallée et venir nous chercher plus tard. »

« Quelle vallée ?» Olivia regarde au loin dans le fjord les vallées sombres et étroites qui strient les montagnes escarpées.

« Ma vallée déserte. Enfin celle de ma famille. C’est le meilleur endroit pour ramasser les plus grosses myrtilles. »

« Il n’y a pas de grande personne qui vient avec nous ? »

«  Non, non. Les adultes, ça fait toujours des histoires. Ils se mettent à crier dès qu’ils ne nous voient plus, alors qu’on est juste en train de se reposer dans un creux et en plus ils ne peuvent jamais finir de ramasser à un endroit. Ils croient toujours que les myrtilles sont plus belles ailleurs. Je préfère y aller sans eux. »

« Mais tu n’as pas peur d’aller aussi loin toute seule ? »

« Toute seule ? Je n’y vais pas toute seule. Tu viens avec moi et puis on a Smali aussi. Le chien, quoi. » ajoute-t-elle pour expliquer.

« Des bottines toutes neuves, mon écharpe, mon bonnet, mes gants et mon manteau. Je peux à peine bouger, mais au moins je n’aurai pas froid !” Olivia marche comme un pingouin et Theodóra l’imite.

« Pareil ici. Je m’habille chaudement. Mais ton manteau bleu, il est tellement beau... bien trop beau pour ramasser des myrtilles, pour sûr!”

La vallée s’ouvre aux fillettes dans le soleil d’automne. Des herbes hautes les accueillent gracieusement puis laissent la place à la terre de bruyères. Elles marchent le long de la rivière, bavardent et rient, toutes contentes de n’être dérangées par qui que ce soit. Il fait chaud à marcher comme ça et bien vite gants, bonnet, écharpes disparaissent dans les sacs.

« On n’est pas bientôt arrivées, il y a des myrtilles partout ?” Olivia regarde autour d’elle les touffes bleues couvertes de baies noires.

« Si, bientôt. On traverse la rivière et on monte un peu la côte. C’est là qu’il y a les meilleures cachettes et les plus grosses myrtilles. »

La côte est bien plus pentue qu’elle n’en a l’air et Olivia commence à s’essouffler lorsque Theodóra s’écrie : « On est arrivées !» Elle se jette à terre et commence toute de suite à ramasser. Olivia regarde les touffes de myrtilles. De toute sa vie, elle n’en a jamais vu autant à un seul endroit.

D’abord elles avalent tant de myrtilles que leur bouche et leurs mains sont bleues. Smali vagabonde autour d’elles, poursuit un papillon et aboie après des moutons dans le lointain.

Elles font la course : Theodóra qui ramasse plus vite est la première à remplir sa boîte mais Olivia la suit de peu. Elles ont déjà rempli deux grandes boîtes chacune lorsqu’il est l’heure du goûter.

« Tu sais, je crois qu’il y en a encore plus là-bas, un peu plus haut. » Theodóra plisse les yeux et regarde en haut vers la montagne.

« Plus de myrtilles qu’ici ? Est-ce possible ? » Olivia est prête à en avoir le cœur net. Elles finissent leur goûter et décident d’aller un peu plus loin. En chemin, elles ramassent des myrtilles ici et là mais aussi loin qu’elles aillent, il semble toujours qu’il y en ait plus et plus. La brume du soir descend mais les fillettes ne la remarquent pas. Les boîtes sont remplies mais elles peuvent encore utiliser leurs sacs du goûter et leurs bouteilles d’eau.

Tout doit pourtant prendre fin et au bout d’un moment tous les récipients sont pleins à ras bord.

« Qu’est-ce que ça va être chouette de revenir avec tout ça à la maison! »

« Oh, oui, ce sera la fête ce soir ! Myrtilles à la crème, miam ! »

 

Smali jape et semble inquiet.

« Qu’est-ce qu’il y a mon chien, tu as faim ?” Theodóra caresse le chien, jette un coup d’œil à la ronde et se tait.

« Il va falloir rentrer Olivia. La brume. »

Elle n’a pas besoin d’en dire plus. Olivia sent bien l’humidité dans l’air et frissonne. Finalement c’était une bonne idée d’avoir apporté tous ces vêtements chauds et les fillettes s’emmitouflent vite.

Lorsqu’elles atteignent le fond de la vallée, Theodóra voit qu’elles sont arrivées trop loin en amont.

« C’est quoi ce gué à la noix ?”

« Qu’est-ce que tu dis ? »

« Rien! Viens! » répond Theodóra d’un ton hargneux en se mettant à longer la rivière. Elles se hâtent et marchent longtemps mais ne trouvent nulle part où traverser. La rivière semble bien plus profonde et le courant toujours plus fort.

« Par ici, Theodóra? Tu es sûre que nous n’avons pas dépassé le gué?”

« Sûre? Qu’est-ce que tu veux dire? » Theodóra est à deux doigts de s’énerver mais elle s’arrête.

« Non, je ne suis pas sûre. Mais là, il y a quelques pierres dans l’eau. Tu ne crois pas qu’on devrait essayer de passer ? »

Theodóra prend son élan, saute sur la première pierre, la deuxième, glisse un peu sur la troisième mais se rétablit juste à temps avant d’atteindre le bord.

« Viens ! crie-t-elle ! Ce n’est pas difficile. »

Olivia fait comme Theodóra mais les bottines neuves n’accrochent pas sur les pierres et elle glisse dans l’eau glacée de la rivière. Theodóra lui tend la main pour l’aider à se relever. Smali aboie comme un fou et court en rond sur la rive.

Theodóra s’assied sur une pierre et cherche fébrilement son téléphone dans le sac mouillé.

« Il est mort ! Il n’a pas supporté un tout petit peu d’eau ! » Elle secoue le téléphone, dégoûtée.

« Tu crois pas que ton frère ne va quand même pas venir nous chercher ? Il doit s’en souvenir même si on ne l’appelle pas. »

« Non. Il ne se souvient jamais de rien sauf de ses entrainements de foot. Mais maman et papa, ils vont bien s’inquiéter et venir nous chercher. Mais quand ? »

Olivia n’a pas l’habitude de se laisser aller et de pleurer surtout devant des personnes qu’elle connaît aussi peu que Theodóra. Mais les larmes coulent toutes seules sur ses joues. Elle s’est tordue une cheville dans sa chute et elle a du mal à marcher dans ses vêtements mouillés. Smali trotte autour d’elle comme pour la consoler mais il ne peut pas la porter. Theodóra  soupire. Il n’y a personne en vue et elle ne voit pas comment Olivia peut réussir à rentrer à la maison dans cet état.

Tout à coup, Smali se met à aboyer et s’élance dans une autre direction. Il disparaît derrière un monticule, laissant les fillettes en émoi.

« Smali, reviens mon chien, Smali !» crie Theodóra. « Smali, Smali !» reprend Olivia.

Elles se regardent l’une l’autre sans trop savoir quoi faire. Rester là sans bouger, suivre le chien, suivre le chemin ?

Theodóra ne veut pas laisser Smali derrière, mais à la fin elles décident d’essayer de rejoindre la grand route.

Elles avancent péniblement. Leurs bottes sont lourdes mais heureusement leur pulls en lopi, bien que mouillés, conservent leur chaleur et les maintiennent au chaud. Olivia a du mal à marcher, sa cheville se fait de plus en plus douloureuse.

Elles n’ont pas fait beaucoup de chemin lorsqu’elles aperçoivent une jeep cahoter dans la vallée. Theodóra court dans sa direction en faisant de grands gestes.

Mais qui est assis sur le siège avant et passe la tête par la fenêtre ? Ce peut-il que ce soit Smali?

«  Mais qui voilà, bonjour Theodóra! Ton ami voulait absolument que je vienne avec lui. » Sigurður, le grand-oncle de Theodóra, descend de la jeep. « J’étais dans ma cabane d’été là-bas, je m’apprêtais à aller taquiner le cabillaud lorsque cette bestiole est arrivée tout excitée. J’étais sur le point d’embarquer sur mon bateau mais il n’a pas arrêté d’aboyer jusqu’à ce que je le suive. »

« Tu comprends les chiens ? » Olivia est estomaquée.

« Oh non. Mais j’ai été fermier pendant 40 ans et j’ai toujours eu des chiens islandais pour garder les troupeaux, alors je les connais bien. Il était en train d’essayer de me dire quelque chose et je sais de longue expérience qu’un chien adulte ne se comporte pas comme ça sauf s’il s’est passé quelque chose. Pauvrettes, vous êtes trempées jusqu’aux os, je vais vous reconduire chez vous. »

Le lendemain matin, dans le jardin de Theodóra, Olivia dépose un bel os de mouton pour Smali.

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Tricoteuse d’Islande@Harpa Jónsdóttir 2011

Toute reproduction, même partielle de cette histoire par quelque procédé que ce soit est interdite sans l’autorisation préalable de l’auteur.

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Harpa Jonsdóttir est écrivain. Elle a publié plusieurs ouvrages dont “Ferðin til Samiraka” (Le voyage pour Samiraka) qui a été primé meilleur livre pour enfants en 2002 en Islande. Elle est aussi tricoteuse et embellit ses tricots magnifiquement après les avoir feutrés. Ces deux centres d'intérêt apparemment sans rapport se conjuguent et se complètent au fil des journées d'Harpa. Pour savoir comment, lisez l’entretien avec Harpa, “Quand tricot et écriture s’emmêlent” dans le magazine 03 de Tricoteuse d’Islande.

Le blog de Harpa: harpaj.net